Petit poême d’antan

ODE (L’Amour piqué par une abeille)


Le petit enfant Amour

Cueillait des fleurs à l’entour

D’une ruche, où les avettes

Font leurs petites logettes.


Comme il les allait cueillant,

Une avette sommeillant

Dans le fond d’une fleurette

Lui piqua la main douillette.

Sitôt que piqué se vit,

« Ah, je suis perdu ! » ce dit,

Et, s’en courant vers sa mère,

Lui montra sa plaie amère.


« Ma mère, voyez ma main,

Ce disait Amour, tout plein

De pleurs, voyez quelle enflure

M’a fait une égratignure ! »


Alors Vénus se sourit

Et en le baisant le prit,

Puis sa main lui a soufflée

Pour guérir sa plaie enflée.


« Qui t’a, dis-moi, faux garçon,

Blessé de telle façon ?

Sont-ce mes Grâces riantes,

De leurs aiguilles poignantes ?


- Nenni, c’est un serpenteau,

Qui vole au printemps nouveau

Avecques deux ailerettes

Ca et là sur les fleurettes.


- Ah ! vraiment je le connois,

Dit Vénus; les villageois

De la montagne de d’Hymette

Le surnoment Mélisette.


Si doncques un animal

Si petit fait tant de mal,

Quand son alène époinçonne

La main de quelque personne.


Combien fais-tu de douleur,

Au prix de lui, dans le coeur

De celui en qui tu jettes

Tes amoureuses sagettes ? »


Pierre de Ronsard

(1550-1552

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